Émissions évitées : Comprendre, calculer, communiquer

Émissions évitées : Pourquoi et comment les calculer ?

 

Il existe trois modes d’action pour un organisme qui entame sa transition écologique :

  1. réduire les émissions directes et indirectes sur l’ensemble de sa chaîne de valeur (scope 1, 2 et 3);
  2. offrir des solutions, services et produits écologiques aux consommateurs/utilisateurs afin qu’ils puissent réduire l’empreinte carbone due à leurs achats ;
  3. financer des projets bas carbone en dehors de son périmètre d’activité.

Dans cet article, nous nous concentrerons sur le deuxième point : les services et produits bas carbone. Ces solutions offrent des alternatives écologiques aux consommateurs, contribuant ainsi à réduire les émissions de gaz à effet de serre. On parle là des émissions évitées.

Alors, comment une entreprise peut-elle calculer les émissions évitées de ses produits/services ? Pourquoi maximiser ces émissions ? Et comment communiquer sur celles-ci sans tomber dans le greenwashing ?

Restez avec nous pour tout savoir sur ce sujet. 😎

 

Les émissions évitées : Qu’est-ce que c’est ?

 

D’après l’ADEME, “les émissions évitées par une organisation concernent les réductions d’émissions réalisées par ses activités, produits et/ou services, lorsque celles-ci se réalisent en dehors de son périmètre d’activité. Elles sont évaluées au regard d’un scénario de référence.

En d’autres termes, les émissions évitées, aussi appelées scope 4, désignent la quantité de gaz à effet de serre qui n’a pas été émise grâce à l’utilisation de technologies, produits ou pratiques écologiques. Elles permettent donc aux consommateurs de réduire leur empreinte carbone à travers une consommation responsable.

On dit aussi que ces émissions sont virtuelles puisqu’elles sont comparées à un scénario de référence. Celui-ci représente la situation la plus probable en l’absence de la solution bas carbone.

Les émissions évitées ne sont pas incluses dans le Bilan Carbone© d’un organisme. En revanche, elles jouent un rôle crucial dans l’objectif mondial de neutralité carbone, car elles émettent moins de gaz à effet de serre que les alternatives traditionnelles qu’elles remplacent.

Prenons plusieurs exemples pour bien comprendre cette définition.

 

👉 La vente de téléphones reconditionnés permet d’éviter l’extraction de matières premières nécessaires à la fabrication de nouveaux téléphones, réduisant ainsi les émissions de gaz à effet de serre. D’ailleurs, selon l’ADEME, l’achat d’un téléphone reconditionné plutôt qu’un neuf réduit l’impact annuel de 77 % à 91 %, évitant l’émission de 25 kg de CO2eq par an.

 

👉 Autre exemple, le développement des énergies renouvelables. Celles-ci permettent aux consommateurs de ne pas utiliser d’énergies fossiles émettrices de CO2.

 

👉 De même, le recours au TGV plutôt qu’à l’avion permet de réduire considérablement l’empreinte carbone de votre voyage. D’ailleurs, sachez que le train est l’alternative la plus écologique pour vos trajets.

 

 

Vous l’aurez compris, lorsqu’une entreprise propose un produit ou service qui émet moins de gaz à effet de serre que l’alternative existante sur le marché, la réduction de ces émissions est appelée « émission évitée ».

 

Pourquoi calculer les émissions évitées ? Les avantages

 

Les alternatives écoresponsables (vêtements de seconde main, vente de vélos, produits reconditionnés…) sont bénéfiques pour notre planète puisqu’elles remplacent des produits/services gourmands en émission. Ainsi, une entreprise qui propose ces alternatives contribue à lutter contre le réchauffement climatique et s’intègre dans un monde « net zéro émission ».

Dans un contexte mondial où la lutte contre le changement climatique devient une priorité, l’entreprise a tout intérêt à valoriser ses émissions évitées, notamment auprès de ses parties prenantes.

 

En effet, cela lui permet :

 

  • d’améliorer son image de marque, notamment à travers une communication transparente (on en reparle plus bas) ;
  • d’attirer des investisseurs qui souhaitent soutenir des solutions bénéfiques pour l’environnement. De même, pour les clients qui cherchent de plus en plus à consommer de façon responsable ;
  • d’accéder à de nouvelles opportunités de marché puisque la demande de produits et services durables est en pleine croissance ;
  • d’augmenter son chiffre d’affairesen témoigne l’étude de 2023 de l’ADEME sur les bénéfices de l’écoconception pour les entreprises ;
  • de favoriser l’innovation, car calculer les émissions évitées encourage l’entreprise à innover et à développer de nouveaux produits et services toujours plus respectueux de l’environnement ;
  • d’éviter des pénalités en se conformant aux normes environnementales et en anticipant les futures régulations ;
  • et bien entendu, de contribuer à la transition écologique à travers de nets bénéfices environnementaux.

À noter : la Net Zero Initiative estime que l’indicateur des émissions évitées ne suffit pas à déterminer la pertinence climatique d’un produit ou service. En effet, certaines activités peuvent sembler bénéfiques à court terme pour réduire les émissions, mais pourraient nécessiter des ajustements à plus long terme pour respecter les objectifs climatiques.

Comment calculer les émissions évitées ?

 

Le calcul des émissions évitées consiste à comparer les émissions de gaz à effet de serre d’un produit ou service avec celles générées par le produit ou service qu’il remplace.

La formule est donc : Émissions du scénario de référence — Émissions de la solution = Émissions évitées.

Sachez qu’il n’existe pas de norme internationale pour encadrer le calcul de ces émissions. Néanmoins, la Net Zéro Initiative propose un cadre méthodologique de calcul et reporting, que voici. 👇

 

La méthodologie proposée par la NZI : 3 étapes

 

Avant toute chose, vous devez choisir les produits ou services dont vous souhaitez calculer les émissions évitées.

Pour faire les bons choix, la NZI recommande de choisir les solutions les plus pertinentes pour l’environnement. Autrement dit :

 

  • La solution doit être compatible avec l’objectif de limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C.
  • Elle doit être reconnue comme durable selon la Taxonomie Européenne, qui classe les activités économiques en fonction de leur durabilité environnementale.
  • La solution ne doit pas soutenir des activités à haute intensité carbone à long terme, comme l’optimisation des moteurs de véhicule à forte intensité carbone.
  • De plus, elle ne doit pas entraîner de dommages significatifs sur des aspects autres que le climat, tels que la biodiversité ou la disponibilité en eau.

 

Étape 1 : Évaluer les émissions carbone générées par la solution durable

 

Cette étape consiste à quantifier toutes les émissions libérées dans l’atmosphère de votre produit ou service bas carbone – et ce, de sa fabrication à sa fin de vie. On parle donc là des émissions qui ont vraiment eu lieu.

Pour ce faire, prenez en compte le contexte dans lequel la solution s’insère : conditions de marché, pays de vente, profil du consommateur, etc. Mesurez aussi toutes les émissions dues à sa conception, son transport, son usage et sa fin de vie – autrement dit, son cycle de vie.

Enfin, prenez en compte l’éventuelle perte de performance de votre produit pendant sa durée de vie.

 

Étape 2 : Mesurer les émissions générées sans l’alternative bas carbone

 

Dans un second temps, vous devrez mesurer les émissions qui auraient eu lieu en l’absence de votre solution bas carbone. La situation à définir est donc hypothétique puisqu’elle n’a pas eu lieu. C’est le scénario de référence.

Pour l’identifier, posez-vous les questions suivantes : « Que se serait-il passé si mon activité n’avait pas eu lieu ? Quel produit ou service aurait été utilisé sans ma solution et quelles auraient été les émissions de GES correspondantes ? ».

Sachez qu’il existe 2 types de scénario identifiés par la NZI :

 

  • La situation avant l’introduction de la solution décarbonante : les émissions de gaz à effet de serre générées par les activités avant l’adoption de la solution de réduction.
  • La moyenne de l’empreinte carbone des produits et services alternatifs : les émissions de gaz à effet de serre de la solution bas carbone avec la moyenne de celles associées aux alternatives disponibles sur le marché.

 

Faites attention à ne pas surestimer votre scénario de référence, au risque de décrédibiliser l’ensemble du calcul et des résultats. Justifiez donc toujours le choix du scénario et décrivez-le fidèlement.

 

Étape 3 : Calculer les émissions évitées

 

Enfin, pour calculer les émissions évitées, vous devez faire la différence entre les émissions de la situation de référence (étape 2) et les émissions avec la solution (étape 1).

 

👉 Soit : émissions du scénario de référence – émissions de la solution = Émissions évitées d’une solution.

Ensuite, multipliez le résultat obtenu par le nombre de produits/services vendus. Puis, si nécessaire, additionnez les émissions évitées par les différents produits et services.

 

Communiquer sur vos émissions évitées : les conseils à suivre

 

Pour une communication fiable et transparente concernant ce sujet, l’ADEME et la NZI rappellent quelques principes à respecter. 👇

 

  • Toute communication sur les émissions évitées d’une solution bas carbone doit suivre les exigences de communication énoncées dans les normes ISO 14025 et 14067 relatives à l’empreinte carbone des produits, ainsi que dans la norme ISO 14064-1 concernant la comptabilité carbone des organisations.

 

  • Les émissions évitées ne doivent jamais être déduites du Bilan Carbone© de votre entreprise ni être utilisées pour revendiquer une « neutralité carbone » ou une « net zéro ». Elles doivent être clairement distinguées et rapportées indépendamment de votre bilan GES.

 

  • Vous devez aussi faire preuve de transparence et de précision en fournissant des informations telles que le pourcentage des ventes générant des émissions évitées, ainsi que les méthodes et hypothèses utilisées dans le calcul. Il est également important d’inclure les éventuels effets rebond et de mentionner les limites de votre calcul.
  • Ne revendiquez pas de manière exclusive les émissions évitées, mais parlez plutôt de votre « contribution aux émissions évitées« . En effet, plusieurs parties prenantes peuvent revendiquer leur responsabilité.

 

Enfin, sachez que ce calcul ne doit pas seulement être utilisé pour votre communication. En effet, il doit servir d’indicateur stratégique pour vous aider à prendre des décisions sur le modèle économique de votre organisme. L’objectif est de vous inciter à repenser votre activité pour développer des solutions bas-carbone.

 

 

Bien entendu, la priorité reste de réduire les émissions à la source.

En effet, promouvoir les émissions carbone évitées sans réduire le Bilan Carbone© de votre entreprise équivaut à du greenwashing !

 

Les émissions évitées : L’essentiel

 

Selon la méthodologie de la NZI, le calcul des émissions évitées implique :

  • d’identifier le produit ou service susceptible de générer une émission évitée ;
  • de calculer l’empreinte carbone de ce produit ou service ;
  • de calculer l’empreinte carbone de la solution plus émissive ;
  • de faire la différence entre les deux.

 

Enfin, rappelons que les émissions évitées illustrent la contribution de l’entreprise dans la réduction des émissions et l’atteinte de la neutralité carbone à l’échelle mondiale. Tandis que son Bilan Carbone© reflète l’impact environnemental de son activité.

Attention à ne pas confondre les deux, car ils offrent des perspectives différentes sur l’impact environnemental d’une entreprise ou d’une activité.

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Études de cas

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L'entreprse Regain a fait appel à take[air] pour réaliser son Bilan Carbone et mettre en place un plan d’action efficace pour réduire ses émissions de GES.
Espaces & Volumes a fait appel à take[air] pour réaliser son Bilan Carbone et mettre en place un plan d’action efficace pour réduire ses émissions de GES.

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