Face à l’accélération du changement climatique et au durcissement des exigences réglementaires, les entreprises sont de plus en plus nombreuses à s’interroger sur la manière de structurer une stratégie climat crédible.
Entre injonctions à la neutralité carbone, pression des parties prenantes et risques de greenwashing, il devient indispensable d’agir avec méthode.
Dans ce contexte, le Bilan Carbone® et la contribution carbone jouent un rôle central, à condition d’être correctement compris et articulés. Ce sujet a été au cœur d’un webinaire animé par Cédric Poiret, avec les interventions de David Seigneuric, consultant carbone chez take[air], et d’Alexandre Teyssieux, chef de projet contribution carbone chez Resoil.
Comprendre le dérèglement climatique pour agir efficacement
Toute action climat pertinente repose sur une compréhension claire du dérèglement climatique. Celui-ci est principalement lié à la perturbation du cycle du carbone, causée par l’extraction et la combustion massives des énergies fossiles.
Il est essentiel de distinguer les petits cycles du carbone, naturellement équilibrés (respiration, végétation, sols), du grand cycle du carbone fossile.
En réinjectant dans l’atmosphère du carbone stocké depuis des millions d’années, les activités humaines provoquent une accumulation de CO₂ responsable de l’effet de serre.
Aujourd’hui, environ la moitié des émissions de CO₂ est absorbée par les puits naturels, tandis que l’autre moitié s’accumule dans l’atmosphère. Le réchauffement climatique atteint déjà +1,2 °C en moyenne mondiale, avec des impacts encore plus marqués en France. Sans action renforcée, la trajectoire actuelle mènerait à un réchauffement supérieur à +3 °C d’ici la fin du siècle.
La Stratégie Nationale Bas-Carbone : un cadre de référence incontournable
En France, la réponse à cet enjeu s’inscrit dans un cadre structurant : la Stratégie Nationale Bas-Carbone (SNBC).
Issue des Accords de Paris, elle fixe un objectif clair : atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050.
Pour y parvenir, la SNBC prévoit une réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre dans l’ensemble des secteurs économiques, avec des efforts particulièrement attendus dans le transport, l’agriculture et l’industrie. Pour les entreprises, ce cadre envoie un message sans ambiguïté : la réduction des émissions devient une obligation stratégique, et non plus une option.
Bilan Carbone® : le point de départ indispensable de toute stratégie climat
Avant de parler neutralité ou contribution, une étape est incontournable : mesurer. Le Bilan Carbone® constitue la base de toute stratégie climat sérieuse, en permettant de quantifier l’ensemble des émissions directes et indirectes d’une organisation.
Contrairement à une idée reçue, le Bilan Carbone® ne se limite pas à un diagnostic.
Il sert de fondation à la construction d’un plan de transition, intégrant des actions de réduction des émissions priorisées, chiffrées et pilotées dans le temps.
La réduction reste la priorité absolue. Elle doit être portée par la gouvernance, soutenue par des moyens financiers et humains, et suivie dans la durée. Toutefois, même les trajectoires les plus ambitieuses atteignent des limites structurelles. C’est précisément à ce stade qu’intervient la question de la contribution carbone.
Neutralité carbone : comprendre la métaphore de la baignoire
Pour expliquer simplement la neutralité carbone, Alexandre Teyssieux utilise une métaphore parlante. L’atmosphère peut être comparée à une baignoire : le robinet représente les émissions de gaz à effet de serre, tandis que l’évacuation symbolise les puits de carbone.
Tant que le débit du robinet est supérieur à la capacité d’évacuation, le niveau monte. Atteindre la neutralité carbone consiste donc à aligner les émissions résiduelles avec la capacité d’absorption des puits. Cela implique deux actions indissociables : réduire drastiquement les émissions et préserver, voire renforcer, les puits de carbone existants.
L’agriculture : un levier majeur de stockage du carbone
Parmi les puits de carbone activables, l’agriculture joue un rôle central. Les travaux de l’INRAE, notamment dans le cadre de l’initiative « 4 pour 1000 », montrent que l’essentiel du potentiel additionnel de stockage du carbone en France se situe dans les sols agricoles.
Les puits de carbone agricoles peuvent être renforcés grâce à des pratiques telles que les couverts végétaux, la réduction du travail du sol ou la diminution des intrants azotés. Ces approches d’agriculture bas carbone offrent des bénéfices multiples : amélioration de la fertilité des sols, meilleure résilience face aux aléas climatiques, renforcement de la biodiversité et protection de la ressource en eau.
De la compensation à la contribution carbone : un changement de paradigme
Le webinaire insiste sur un point clé : on ne parle plus de compensation carbone, mais bien de contribution carbone. L’objectif n’est pas d’effacer ses émissions, mais de contribuer collectivement à l’atteinte de la neutralité carbone globale.
Une stratégie climat crédible repose sur trois piliers complémentaires :
🔸 Réduire ses propres émissions,
🔸 Eviter les émissions lorsque cela est possible
🔸 Contribuer au développement de puits de carbone. La contribution carbone ne remplace jamais la réduction, elle vient la compléter, dans une logique de responsabilité et de cohérence.
Crédits carbone et Label Bas-Carbone : des garanties indispensables
Tous les crédits carbone ne se valent pas. Pour être crédible, un crédit doit répondre à des critères stricts : additionnalité, mesurabilité, permanence, unicité et transparence.
En France, ces exigences sont encadrées par le Label Bas-Carbone, porté par le Ministère de la Transition écologique. Ce cadre public repose sur des méthodologies scientifiques validées, des audits indépendants et un registre national garantissant la traçabilité des projets carbone en France. Il offre ainsi aux entreprises un cadre fiable pour structurer leur démarche de contribution.
Exemple concret : un projet agricole près de Toulouse
Pour illustrer ces principes, Alexandre Teyssieux a présenté un projet bas carbone mené avec deux agriculteurs à proximité de Toulouse. Sur cinq ans, ce projet a permis la séquestration du carbone à hauteur de plus de 1 100 tonnes de CO₂, tout en réduisant de 31 % l’empreinte carbone de l’exploitation.
Au-delà des chiffres, ce projet illustre une transition agricole réussie, améliorant la fertilité des sols, la biodiversité et la résilience économique des exploitations. Les financements issus de la contribution carbone jouent ici un rôle clé pour accompagner durablement le changement de pratiques.
Contribution carbone : un levier stratégique pour les entreprises
Lorsqu’elle est correctement intégrée, la contribution carbone devient un véritable avantage stratégique. Elle permet d’agir concrètement pour le climat, de renforcer l’ancrage territorial des organisations et d’anticiper les exigences réglementaires, notamment celles liées à la CSRD et aux cadres méthodologiques internationaux.
Elle constitue également un puissant levier de mobilisation des collaborateurs, en donnant du sens aux démarches climat et en reconnectant l’entreprise aux enjeux du vivant et des territoires.
Conclusion : réduire d’abord, contribuer ensuite, piloter dans la durée
Le message clé de ce webinaire est clair : il n’existe pas de stratégie climat crédible sans une réduction des émissions ambitieuse, structurée à partir d’un Bilan Carbone® robuste et pilotée dans le temps.
La contribution carbone, lorsqu’elle est rigoureusement encadrée et adossée à une trajectoire de réduction cohérente, devient un levier puissant pour accélérer l’action collective et financer la transition des territoires. C’est en combinant expertise carbone, agriculture et entreprises que les stratégies climat pourront être à la fois crédibles, efficaces et durables.
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