De plus en plus d’entreprises sont évaluées par EcoVadis, souvent à la demande de leurs clients ou pour accéder à certains marchés. La décarbonation est devenue un critère clé de cette évaluation. Cet article présente les leviers concrets pour améliorer votre note illustrés par le retour d’expérience de Peintures Maestria, passée de bronze à or.
EcoVadis : de quoi parle-t-on exactement ?
EcoVadis est une plateforme d’évaluation de la durabilité et non un label. La confusion est fréquente car l’évaluation débouche sur une médaille, mais l’enjeu est ailleurs : mesurer la manière dont une entreprise intègre les enjeux durables dans sa stratégie.
L’évaluation couvre quatre volets : l’environnement (énergie, carbone, déchets, biodiversité), le social (conditions de travail, chaîne de valeur interne et externe), l’éthique (corruption, cybersécurité, RGPD) et les achats responsables.
L’évaluation est adaptée à la taille de l’entreprise et à son secteur d’activité, ce qui permet aussi de se comparer à des pairs. C’est surtout une démarche annuelle : EcoVadis ne récompense pas l’immobilisme. Il faut valoriser le progrès chaque année pour conserver ou améliorer sa note.

💡 « EcoVadis n’est pas un exercice ponctuel. C’est une démarche d’amélioration continue : chaque année, il faut valoriser le progrès pour conserver sa note et viser plus haut. » Ségolène Partamian, fondatrice de Be Curious
Sur chaque volet, EcoVadis évalue trois dimensions :
- La politique : des engagements formalisés, chiffrés, sur 3 ans minimum, avec des responsabilités définies.
- Les mesures : des actions concrètes, prouvées par des documents datés et signés.
- Le reporting : des indicateurs de suivi annuels permettant d’analyser la performance dans le temps.
Le volet environnemental : ce qu’EcoVadis regarde vraiment
Sur le plan climatique, EcoVadis évalue la consommation d’énergie, les émissions de gaz à effet de serre, et les actions de réduction mises en place. Ce n’est pas l’existence d’un Bilan carbone® qui suffit c’est la maturité du système de management carbone qui est évaluée.
Pour la politique climat, il faut des engagements de réduction des émissions de CO₂ avec des responsabilités clairement définies. Des points supplémentaires sont accordés si les objectifs sont alignés avec les Accords de Paris, validés par le Science Based Targets initiative (SBTi), ou inscrits dans une stratégie de neutralité carbone structurée.
Les cinq éléments clés du Bilan carbone®
1️⃣ Le premier est un scope 3 complet. Le bilan ne se limite pas aux scopes 1 et 2. Un scope 3 exhaustif et justifié est attendu, même si certaines familles comme l’utilisation des produits ou la fin de vie peuvent faire l’objet d’hypothèses documentées. Le scope 3 représente en général 70 à 90 % des émissions d’une entreprise c’est là que se joue l’essentiel.
2️⃣ Le deuxième est la mobilisation et la gouvernance. La direction doit être impliquée dans le projet de Bilan carbone®, et les équipes sensibilisées. Idéalement, les parties prenantes clés et les principaux fournisseurs le sont aussi.
3️⃣ Le troisième est un plan de transition chiffré. Il doit quantifier le potentiel de réduction en tonnes de CO₂ par action, ainsi que les investissements nécessaires pour construire une trajectoire de décarbonation. Un plan associé à un budget est bien plus robuste qu’une liste d’intentions.
4️⃣ Le quatrième est la publication du bilan : le Bilan carbone® doit être publié sur le site de l’ADEME. C’est une exigence simple mais vérifiée par EcoVadis.
Le cinquième est la vérification par un tiers. C’est une nouveauté de la V9 de la méthode Bilan carbone® : faire évaluer son bilan par un organisme indépendant améliore la notation et est désormais une attente explicite d’EcoVadis.
Quelle note pour quel niveau d’engagement ?
Les exigences EcoVadis fonctionnent comme une poupée russe : chaque médaille inclut les critères de la précédente, et en ajoute de nouveaux.
🥉 Bronze : À ce niveau, il faut une politique environnementale écrite avec des objectifs qualitatifs et quantitatifs sur 3 ans, des responsabilités identifiées en interne, quelques actions concrètes (tri, réduction papier, énergie, mobilité), un suivi des consommations (électricité, carburants, déchets) et une estimation carbone simple via l’outil proposé par EcoVadis.
🥈 Argent : Il faut tout ce qui précède, plus une politique environnementale partagée en interne avec des preuves documentées, des indicateurs suivis sur plusieurs années, un bilan carbone couvrant les scopes 1 et 2 ainsi qu’une partie du scope 3, et un plan d’action environnemental structuré.
🥇 Or : Il faut une politique intégrée à la stratégie de l’entreprise avec un historique complet de données, un bilan scope 3 structuré et mis à jour chaque année, des objectifs alignés avec les Accords de Paris, et des actions structurées sur plusieurs axes : énergie, transport, achats.
💎 Platine : Il faut une stratégie climat très structurée avec un scope 3 complet, des objectifs validés par un organisme tiers comme le SBTi, des réductions mesurées et démontrées annuellement, une démarche d’éco-conception avec analyse de cycle de vie, un engagement fournisseurs structuré et un reporting public.
Retour d’expérience : Peintures Maestria, de bronze à or
Entreprise familiale ariégeoise de l’industrie chimique (212 M€ de CA), Maestria s’est engagée dans une démarche RSE dès 2015, avant de structurer sérieusement sa stratégie carbone en 2022 sans obligation légale.
Le constat initial était clair : un scope 3 pénalisant, principalement lié aux matières premières entrant dans la formulation des peintures. La réponse a été un plan de décarbonation structuré autour de quatre axes : réduction des émissions, optimisation énergétique, mobilité bas carbone et éco-conception.
Concrètement, Maestria réalise son Bilan carbone® chaque année sur les scopes 1, 2 et 3, avec une incertitude ramenée de 8-9 % à 5-6 %.
Le bilan est publié dans le rapport RSE annuel et sur le site du Global Compact des Nations Unies. Des panneaux photovoltaïques sont déployés sur les 22 magasins et l’usine. Les forces de vente roulent en véhicules électriques. L’ensemble des collaborateurs est formé à l’analyse de cycle de vie des produits. Une plateforme d’éco-conception a été développée avec une start-up toulousaine. L’objectif est une réduction de 30 % des émissions scope 3 d’ici 2030.
Résultat : 78 points sur 100 un score qui correspond techniquement au niveau platine, obtenu avec la médaille or.
💡 « On est passé d’une médaille d’argent à bronze, puis à or, parce qu’EcoVadis avait changé ses critères et qu’on n’avait pas progressé. Ce qui a tout changé : réécrire nos politiques avec des objectifs précis et des indicateurs clairs. » : Patrick Marfaing, directeur technique & affaires règlementaires, Peintures Maestria
La leçon est claire : une remontée significative est possible en une seule évaluation, à condition de formaliser rigoureusement politiques, objectifs et indicateurs. Maestria en est la preuve.
Les erreurs à éviter absolument
1️⃣ La première erreur est d’avoir une politique trop vague. « Nous réduisons notre impact » ne suffit pas. Les engagements doivent être précis, datés et mesurables pour être valorisés par l’auditeur.
2️⃣ La deuxième erreur est de n’avoir aucun objectif chiffré. Sans indicateurs quantitatifs, il est impossible de prouver une progression d’une année à l’autre.
3️⃣ La troisième erreur est l’absence de scope 3. Il représente 70 à 90 % des émissions de la plupart des entreprises. L’ignorer, c’est passer à côté de l’essentiel et se priver des leviers de réduction les plus importants.
4️⃣ La quatrième erreur est de ne pas guider l’auditeur dans les documents. L’audit est à distance. Si l’information est noyée dans un rapport volumineux sans indication de page, elle ne sera pas prise en compte et vous n’obtiendrez pas les points.
5️⃣ La cinquième erreur est de penser qu’un Bilan carbone® suffit. Sans mise à jour annuelle, sans publication, sans plan de transition associé, son impact sur la note reste très limité.
Un mot sur les achats responsables
Beaucoup d’entreprises négligent le volet achats responsables car il apparaît faiblement pondéré dans leur scope d’évaluation. C’est une lecture erronée.
EcoVadis intègre les impacts environnementaux des achats dans le score environnemental, et les impacts sociaux dans le score social. Ce thème traverse toute l’évaluation, même s’il n’est pas visible en tant que tel dans la rubrique achats.
En résumé
Améliorer sa note EcoVadis sur le volet environnemental repose sur une logique simple : mesurer, s’engager, agir, prouver.
La formalisation aussi peu glamour qu’elle soit est incontournable. Un Bilan carbone® complet, un plan de transition chiffré, une politique environnementale datée et signée par la gouvernance, et des indicateurs suivis dans le temps : voilà la colonne vertébrale d’une bonne notation.
Et surtout, c’est un exercice annuel.
EcoVadis ne récompense pas l’immobilisme. Ceux qui progressent et le prouvent sont ceux qui montent.
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